lundi 7 septembre 2009

Intervention d'Isabelle Larrouy - RESF 64


Le 18 novembre 2004, la police aux frontières entre dans le collège Jeanne d’Albret à Pau pour arrêter un jeune Etranger mineur. Son crime ? Il a fui une situation difficile dans son pays. Ses papiers ne sont pas en règle.


De ce jour date la mise en œuvre d’une solidarité collective dans le département. Des citoyens membres d’organisations syndicales, d’associations diverses mettent en œuvre la résistance à une situation qu’ils ressentent comme inacceptable. Le Réseau Education Sans Frontières des Pyrénées-Atlantiques est né.


Avant la cruelle aventure imposée à Samuel, la communauté enseignante était déjà intervenue, soutenue par ses organisations syndicales, pour venir en aide à des jeunes filles, des jeunes garçons tchétchènes, ouzbèks, marocains, etc., dont la scolarité était menacée.


Au cours des mois, les lois ont été durcies. Leur contenu xénophobe s’est accentué. L’Etranger, tous les Etrangers sont devenus suspects.


N’oublions jamais que tout cela se fait en notre nom !


Le peuple français, divers et composite, avait conquis avec les Lumières, les luttes sociales, la Résistance, la mise en œuvre de la valeur de solidarité populaire. Les idéologues de la présidence de la République s’évertuent à organiser la division, l’individualisme, à diffuser le poison xénophobe.


Et pourtant ! Le 9 juin 2006, l’ancien secrétaire de l’ONU, Kofi Annan, écrivait ces phrases : « certes, il est indéniable que les migrations ont des aspects négatifs. Même si, paradoxalement, les pires d’entre eux résultent des efforts que l’on fait pour en maîtriser le flux. Ce sont les immigrés illégaux ou sans papiers qui sont le plus exposés aux agissements des passeurs, trafiquants et exploiteurs de toute sorte. »


Parmi ces sans-papiers, des familles. Des familles en danger quotidien. Danger physique d’être arrêtés, enfermés, expulsés, renvoyés à la misère ou à la mort.


Danger sanitaire dû au harcèlement, à la torture quotidienne de la peur de l’instant d’après, de la terreur de la minute suivante qui peut voir basculer une vie en reconstruction, l’avenir des enfants ; la honte d’être humiliés devant eux.


Lorsque la mise en danger de ces familles s’est aggravée, de nouvelles voix se sont élevées, diverses comme notre société, Eglises, syndicats, partis, associations. D’autres présences actives se sont manifestées. D’autres remparts se sont constitués, en particulier les comités de soutien créés par des parents d’élèves et des enseignants.


Nous ne nous faisons pas d’illusion sur la perfection de notre action : le gouvernement s’est félicité d’annoncer l’expulsion de 17 350 Etrangers depuis le 1er janvier. Plusieurs centaines ont été, sont quotidiennement arrêtés dans notre département frontière. Une présence policière quotidienne rend les voyages par le train désagréables ou périlleux dans notre département.


Mais nous faisons ce que nous pouvons et parvenons à limiter les dégâts. Nous continuerons.


Cette fresque évoque les drames quotidiens et trop nombreux. Qu’elle serve à ce que ces crimes contre la solidarité ne soient pas inconnus.


Les enfants qui vivent chez nous, quelle que soit la nationalité de leurs parents, sont l’avenir de notre société.


Les enfants qui vivent chez nous, quelle que soit la situation administrative de leurs parents, sont notre avenir.


Leurs parents ont choisi notre pays, qui est devenu le leur. Leurs cultures et leur travail en feront une partie importante de la richesse de notre nation.


Ils se souviendront que de nombreux citoyens ont refusé la division, l’exclusion, la xénophobie. Ils auront appris que la solidarité existe. Ils auront connu concrètement la devise de notre pays avant de la lire dans les livres et au fronton des bâtiments publics.


Que cessent donc ces campagnes indignes qui font de certains enfants et de leurs parents une menace pour la France ! Ils sont une chance !


Tous ici, nous partageons ces valeurs fraternelles et de lutte pour la justice. RESF, les comités, nombre d’entre vous, avons prouvé que la fraternité existe, que la solidarité n’est pas une délinquance. Ensemble, nous résistons à ce que nous n’acceptons pas et qui se fait en notre nom.


Il y a 20 ans, le 9 novembre 2009, la France signait des engagements internationaux. Nous voulons que la Convention Internationale des Droits de l’Enfant soit respectée dans la lettre et dans l’esprit.


Le premier des droits de l’enfant n’est-il pas de vivre en paix dans un monde protecteur ?


C’est pourquoi, chers amis, mes camarades de lutte, c’est nous tous, ensemble, qui portons et porterons dans toute leur signification les idéaux de notre pays : liberté de vivre en paix, égalité des hommes quels qu’ils soient, fraternité active, en particulier pour les plus démunis et les plus exploités.


Que cette cérémonie soit l’occasion de réaffirmer notre volonté de refuser l’inacceptable et de lutter, nombreux, pour un monde amical.

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